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Echange interculturel : Regards croisés belgo-ougandais sur l’enseignement
Pour mieux comprendre la richesse des échanges interculturels, nous vous proposons une rétrospective d’un projet mené il y a quelques années entre des enseignant·es belges et ougandais·es. Ce type d’échange met en lumière combien les apprentissages et la posture pédagogique peuvent varier selon les contextes et les réalités locales.
Nous avons choisi cet exemple, issu d’un partenariat avec un pays du Sud, car il illustre la nécessité d’adopter une attitude respectueuse et consciente des rapports historiques, notamment dans un contexte post-colonial. Cette expérience diffère bien sûr de la situation actuelle en Ukraine, pays en guerre, mais elle rappelle que tout échange interculturel demande une attention particulière aux réalités de terrain.
Au-delà des frontières : que nous apprennent les échanges interculturels ?
En 2020-2021, Enabel et BeGlobal ont entrepris un projet d’échanges de pratiques professionnelles entre formateur·rices d’enseignant·es belges francophones et ougandais·ses de l’université de Kampala. L’objectif général était d’échanger autour des questions liées à l’éducation à la citoyenneté mondiale et plus spécifiquement autour des inégalités de genre.
Cet échange a débuté par la visite des formateur·rices d’enseignant·es belges en Ouganda, Un an plus tard, ce fut au tour des formateur·rices d’enseignant·es ougandai·ses de s’envoler pour la Belgique.
Enrichissement mutuel
Les praticien·nes ont pu s’enrichir non seulement au niveau culturel, mais surtout au niveau des échanges de pratiques et outils pédagogiques. Ils et elles ont pu mettre en avant et alimenter des discussions qui rassemblent positions communes et divergentes autour des valeurs universelles.
Les visites d’écoles ont permis de comprendre que beaucoup de pratiques dans l’enseignement comportaient des similitudes entre les deux pays. Les différences quant à elles, ont permis de renouveler, sous un nouvel œil, les méthodes pédagogiques chez chacun·e. Par exemple, la technologie qui a été un véritable levier lors de la crise du Covid 19 en Belgique, ou encore les méthodes pédagogiques valorisantes en Ouganda qui sont un vrai moteur de motivation pour les élèves.
Les enjeux éthiques des échanges interculturels
Lors des échanges interculturels, on ne peut décemment pas nier le passé colonial de la Belgique dans les pays d’Afrique centrale ni le système ni la vision néo-coloniale qui persiste encore.
De ce fait, il est primordial d’avoir un recul sur des comportements, pour la plupart inconscients mais profondément ancrés et problématiques. L’héritage colonial est bien présent et n’est pas à porter comme un fardeau, mais comme une remise en question permanente de nos comportements.
Grace aux retours sur cet échange, nous vous proposons une réflexion sur les enjeux éthiques qui peuvent se manifester lors d’un échange interculturel. Dans ce cadre, l’échange ne s’est pas déroulé dans un pays anciennement colonisé par la Belgique, mais certains comportements qui relèvent du racisme systémique peuvent surgir malgré tout.
L’histoire coloniale a bien été prise en compte, ce qui a facilité les échanges. Bien qu’il n’y ait pas de lien colonial direct entre la Belgique et l’Ouganda, un rapport de pouvoir peut subsister. En tant que pays du Nord et ancien colonisateur, la Belgique véhicule encore des références et des postures dominantes, souvent perçues comme telles dans les échanges. Chaque semaine a débuté par une introduction aux systèmes éducatifs des deux pays pour mieux en comprendre le fonctionnement.
L’auteur Quijano (1960), appelle la « colonisation des savoirs« le fait que les personnes blanches se sentent supérieures au niveau du savoir et de la connaissance. Cette vision profondément raciste se traduit aujourd’hui par exemple par notre appellation des pays du Sud sous la terminologie de “sous-développés”. Comme si les pays d’Europe étaient supérieurs, que la modernité était la norme et qu’on décidait de ce qu’est cette norme.
Certains aspects de l’enseignement, comme le numérique ou les pédagogies actives, ont parfois été perçus comme des solutions évidentes. Lors de l’échange en Ouganda, un enseignant belge mettait en avant le numérique comme un levier essentiel pour l’éducation. Mais cette confrontation des perspectives lui a permis de prendre conscience que certaines approches, bien qu’efficaces dans un contexte, ne sont pas toujours adaptées aux réalités locales.
Il est essentiel de tenir compte des contextes économique, culturel et social afin d’adopter une approche fondée sur le respect et le partage. L’objectif n’est pas d’imposer ses méthodes d’enseignement ni d’en tirer des bénéfices sous prétexte d’universalité, car elles ne sont pas nécessairement adaptées aux réalités locales.
L’ethnocentrisme est aussi un point à aborder, cela veut dire qu’on est focalisé·e sur notre vision, notre point de vue, propre à notre milieu socio-culturel, que l’on met des œillères sans ouverture d’esprit. Le but initial d’un tel échange est de s’ouvrir aux autres et donc à d’autres visions, mais cela peut devenir compliqué lorsque les deux partis se confrontent à une vision presque opposée. Ici, en matière d’inégalité de genre qui était la thématique spécifique abordée lors de l’échange.
Cette opposition peut parfois limiter les discussions ouvertes, parce qu’il est toujours difficile de confronter des visions parfois opposées. Cependant, il est aussi important de faire le lien avec notre rapport néocolonial lors de ce genre de discussions et d’avoir du recul sur notre détermination à penser que l’on comprend mieux, sans prendre en compte les contextes différents, la culture et les inégalités de genre qui se traduisent et s’expriment différemment en Ouganda.
De l’échange à la compréhension mutuelle
Les échanges interculturels sont une opportunité précieuse d’apprentissage mutuel, favorisant une meilleure compréhension des réalités de chacun·e. Lorsqu’ils reposent sur l’écoute, l’ouverture et le respect, ils permettent non seulement de partager des savoirs, mais aussi de déconstruire les biais inconscients hérités de l’histoire. En adoptant une posture d’humilité et de dialogue, ces échanges deviennent un véritable levier pour bâtir des relations plus équilibrées, où chaque culture est valorisée dans sa richesse et sa diversité.
Pour plus d’informations, découvrez Regimes of Truths, une série créer pour de nouveaux échanges, cette fois-ci du côté des enseignant·es néerlandophones. Celle-ci éclaire l’héritage colonial et ses impacts actuels à travers un voyage de la Belgique à l’Ouganda. En cinq épisodes courts, elle offre des clés pour comprendre et débattre de ces enjeux essentiels.














