Echange interculturel Belgique-Ukraine : Entre vulnérabilité et solidarité
Echange interculturel Belgique-Ukraine : Entre vulnérabilité et solidarité
Au-delà des frontières : que nous apprennent les échanges interculturels ?
Dans un monde en quête de compréhension mutuelle, les échanges interculturels sont des espaces précieux de dialogue et d’engagement. Cet article vous emmène à la rencontre d’une initiative porteuse de sens : en Belgique, ce sont 27 jeunes, professeur·es et directrices venu·es d’Ukraine qui, durant la semaine du 20 au 27 mars 2025, ont exploré les thèmes de la paix, de la cohésion scolaire et de la santé mentale à travers un programme interactif et profondément humain. Deux expériences, deux regards, une même volonté d’apprendre ensemble.
En partenariat avec le ASPnet UNESCO et d’autres acteur·trices locaux·ales, cet échange offre des outils pédagogiques innovants et des activités interactives pour stimuler le dialogue interculturel et renforcer l’engagement citoyen.
ASPnet UNESCO, c’est quoi ?
Le Réseau des écoles associées de l’UNESCO (ASPnet) rassemble plus de 11 500 établissements dans 182 pays pour promouvoir la paix, la tolérance et le développement durable par l’éducation. Il encourage les échanges interculturels et les projets collaboratifs entre écoles, enseignant·es et élèves dans le monde entier.
En Belgique, nous travaillons avec deux réseaux UNESCO ASPnet: un pour la communauté francophone et un pour la communauté néerlandophone.
Quels défis l’échange a-t-il rencontré et quel en a été l’impact sur les élèves et les enseignant·es ?
Cette question permet de mettre en lumière les moments clés de l’échange, de mieux en cerner les enjeux, et de comprendre dans quelle mesure cette expérience a favorisé un enrichissement mutuel.
Entre fragilité et courage : accueillir l’autre en temps de guerre
L’arrivée en Belgique d’élèves et d’enseignant·es ukrainien·nes n’était pas anodine. Ces jeunes ont quitté un pays en guerre, porteur·ses de récits souvent douloureux. Face à elles et eux, des élèves belges et ukrainien·nes vivants dans un environnement stable, mais curieux·ses, ouvert·es, désireux·ses de comprendre. Cette asymétrie des vécus a exigé de part et d’autre une grande sensibilité : comment dialoguer sans tomber dans la pitié ? Comment faire de la différence une richesse, et non un fossé ? C’est là que réside toute la complexité mais aussi la beauté d’un échange interculturel dans un tel contexte. Les élèves ukrainien·nes ont également rencontré d’autres jeunes ukrainien·nes vivant en Belgique. Ce moment de partage autour d’une culture commune, mais vécue dans des contextes différents, a rendu l’échange particulièrement enrichissant.
Des gestes symboliques pour tisser des liens durables entre les visiteur·ses ukrainien·nes
Dès les premiers jours, des activités symboliques fortes ont été proposées pour créer du lien, une synergie entre les participant·es ukrainien·nes. Parmi elles, la réalisation collective d’un symbole de paix ukrainien – une colombe entourée de fleurs traditionnelles – a marqué les esprits. Ce geste artistique a permis de créer un espace commun d’empathie, tout en valorisant les repères culturels des jeunes ukrainien·nes.

La visite de plusieurs écoles partenaires de l’UNESCO a constitué un autre moment fort de la rencontre. L’une des écoles francophones a été officiellement reconnue comme école UNESCO cette semaine-là. Lors du dévoilement de la plaque UNESCO, on a non seulement célébré cette reconnaissance, mais aussi mis en avant l’engagement commun en faveur d’un enseignement ouvert sur le monde et résolument tourné vers la paix.

Neutralité ou engagement ? Une posture d’équilibre
La guerre en Ukraine soulève naturellement des questions sensibles. Pour les aborder dans un cadre éducatif, il ne s’agissait pas de rester neutre au sens d’indifférent, mais bien de construire une neutralité active, propice à l’expression, à l’écoute et à la compréhension. Ni posture militante, ni silence gêné : les échanges ont permis de parler des réalités vécues sans alimenter le conflit. Une démarche exigeante, mais essentielle pour nourrir un véritable dialogue interculturel.

Une école résiliente, un levier de reconstruction
L’échange a aussi été l’occasion de partages pédagogiques entre enseignant·es. Quelles méthodes adopter dans un contexte de crise ? Comment maintenir le lien éducatif quand tout vacille ? Ces questionnements ont nourri des discussions riches, où chacun·e a pu apprendre de l’autre.
Pour les élèves, cette immersion a été une opportunité rare de déconstruire des stéréotypes, d’ouvrir leur regard sur le monde, et de poser les bases d’une citoyenneté mondiale, plus consciente et plus solidaire.

Barrière linguistique
Un autre défi important s’est rapidement imposé : la langue. Si certaines interactions informelles ont pu se faire dans un anglais simplifié, voire par gestes ou à l’aide d’outils de traduction, le quotidien scolaire s’est révélé plus complexe. Les cours suivis dans les écoles belges se déroulant en français ou en néerlandais, les jeunes ukrainien·nes ont parfois peiné à s’imprégner pleinement du contenu pédagogique. Cette distance linguistique a limité, par moments, leur capacité à participer activement ou à saisir le sens des échanges en classe.
Mais cette difficulté n’a pas empêché des ponts de se créer. Les enseignant·es belges ont fait preuve de souplesse, d’attention, et les élèves ont souvent redoublé d’efforts pour inclure leurs invité·es, que ce soit par des gestes simples, des dessins, ou des moments partagés en dehors des cours. L’échange a ainsi mis en lumière l’importance de la communication non verbale et des formes d’intelligence relationnelle qui dépassent les mots.
Une synergie pour demain...
Au-delà des moments partagés, ce séjour a créé une synergie. Une dynamique où les récits croisés deviennent des leviers de compréhension, où l’école reprend tout son sens comme lieu de dialogue, d’apprentissage mutuel et de reconstruction.
Cet échange a contribué à bâtir des ponts, fragiles peut-être, mais essentiels vers un avenir commun, ancré dans le respect, la culture et la paix.










