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« Tout est foutu, à quoi bon s’engager ? » — Et si on parlait vrai ?
Pourquoi faudrait-il s'engager ?
On entend souvent ce truc : « Tout est foutu, alors à quoi ça sert de s’engager ? » Franchement, avec le bazar ambiant — galères de tous les jours, taf qui tombe mal, cours qui s’accumulent, pression familiale, et cette sensation que le monde part en vrille — c’est facile de penser que rien ne changera jamais. Pourquoi se fatiguer à bouger quand tout semble condamné à rester pareil, voire pire ?
C’est un réflexe normal. Quand tout paraît chaotique et qu’on a l’impression que le système nous écrase, l’envie de baisser les bras et de rester sur le côté devient énorme. Mais avant de tirer cette conclusion, ça vaut le coup de creuser un peu. Parce que souvent, derrière le « tout est foutu », il y a un « je n’y connais rien », un « je ne sais pas comment faire », ou même un « personne ne m’a jamais montré comment ».
Posons les choses à plat. Qu’est-ce que ça veut vraiment dire, « s’engager » ? Et surtout : qu’est-ce que ça peut changer, même à petite échelle ?
Dans cet article, Nicolas Spatola, chercheur en psychologie sociale, démonte les idées reçues sur l’engagement et propose des pistes concrètes pour commencer, même petit.
Comprendre pourquoi ça coince
Premier truc à piger : l’engagement, ça ne tombe pas du ciel. Certain·es grandissent dans des familles où ça parle politique, associations, luttes sociales — ça se transmet un peu comme un héritage. Par exemple, un·e jeune dont les parents sont syndicalistes aura peut-être grandi en allant à des manifs ou en écoutant parler d’actions militantes autour de la table familiale.
Mais pour d’autres, l’histoire est différente : tout dépend de l’entourage, de l’école, ou des expériences personnelles. Parfois, l’engagement paraît inaccessible ou réservé à d’autres cercles.
Nicolas, chercheur en sciences sociales, explique que l’école ne donne pas vraiment les clés nécessaires. Qui nous apprend à monter une asbl ? À faire circuler une pétition ? À demander un rendez-vous à un·e élu·e ? Personne. Et sans ces bases, ça paraît compliqué, abstrait, et on abandonne vite.
En plus, il ne faut pas oublier la fatigue de la vie. Quand tu galères déjà pour réussir ton année, joindre les deux bouts ou gérer tes soucis familiaux, l’engagement passe souvent en dernier.
Des trucs simples pour commencer
On pense souvent à des actions extrêmes — faire grève de la faim, bloquer des routes — mais l’engagement peut aussi commencer petit, par des gestes simples. Et même ça, c’est déjà énorme. Par exemple : 
- Ne plus manger de viande (ou moins) et acheter seconde main
- Participer à un ramassage de déchets (un clean walk) dans ton quartier.
- Organiser une collecte de vêtements ou de nourriture.
- Être bénévole dans une maison de repos.
Nicolas propose même une idée forte : et si, à l’école ou dans les maisons de jeunes, on consacrait une demi-journée par semaine à ça ? Faire, ensemble, du concret. Ça te montre que tu n’es pas seul·e, que tu peux être utile, que c’est fun.
Et surtout, ça crée du lien. Ce sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand que tes galères perso.

Le sentiment de faire partie d’un truc plus grand
C’est là que ça devient puissant : le collectif. Travailler avec d’autres pour un but commun, ça te booste. Dans une asbl ou un collectif, tu te rends compte que tu n’es pas seul·e à vouloir que ça change. Tes petites actions s’additionnent à celles des autres. Ça permet de tester, à ton rythme.
Nicolas insiste là-dessus : ce sentiment d’appartenir à un groupe, de se soutenir, c’est ce qui donne de la force, surtout quand ça devient dur.
Mais attention : certains groupes extrêmes jouent aussi sur ce besoin d’appartenance. Ils proposent des réponses simplistes, parfois violentes, à des problèmes complexes. C’est pour ça qu’il faut apprendre à réfléchir par soi-même, à repérer les pièges derrière certains discours.
Élargir son regard
Souvent, on commence par s’engager sur un truc qui nous touche personnellement. Par exemple : un·e pote harcelé·e à l’école, un intérêt pour l’écologie, ou une révolte face aux inégalités. Mais ces combats sont liés. Harcèlement, pauvreté, pollution, violences sexistes : tout ça sort du même système cassé. Par exemple, les quartiers défavorisés sont souvent ceux qui subissent le plus la pollution.
Nicolas parle d’ « approche intersectionnelle » : comprendre que ces luttes se croisent, sont connectées. S’attaquer à une seule partie sans voir le reste, c’est comme vouloir boucher une fuite alors que toute la tuyauterie est rouillée. Quand les collectifs bossent ensemble, ils sont plus forts. Sinon, chaque combat reste isolé, avec moins d’impact.
La critique des jeunes, un vieux refrain
« Les jeunes ne s’engagent pas. » « Trop individualistes. » « Pas concerné·es. »
Ce discours ? Il est vieux comme le monde. Déjà en mai 68, on disait ça. Dans les années 90, rebelote. Bref, à chaque génération, la même rengaine. En vrai, ce n’est pas que les jeunes s’en foutent. C’est juste qu’on leur donne rarement les outils, les espaces, ou le temps pour le faire. Nicolas le dit : cette image négative des jeunes sert souvent à décrédibiliser leurs mobilisations, comme les luttes étudiantes. C’est plus simple de dire « les jeunes ne foutent rien » que d’écouter leurs colères.
Et pourtant, on voit partout des jeunes qui s’organisent : pour le climat, contre le racisme, contre les violences sexistes. Leur engagement est réel, mais souvent invisible dans les médias dominants. Et ce n’est pas un hasard, car ces médias, comme les réseaux sociaux, participent aussi à orienter nos choix …
Le choix individuel, un piège ?
On aime croire qu’on choisit librement ce qu’on fait, ce qu’on regarde, ce qu’on achète. Mais souvent, nos choix sont guidés sans qu’on le sache.
Les réseaux sociaux, par exemple, filtrent ce que tu vois. Ils te montrent ce qui va te plaire ou t’énerver. Résultat : difficile de tomber sur des idées différentes. Tu restes enfermé·e dans une sorte de bulle qui te conforte dans ce que tu crois déjà.
Et parfois, certains débats sont présentés comme équilibrés alors qu’ils ne le sont pas vraiment. Par exemple, sur l’avortement, on te montre souvent un débat « pour » / « contre » comme s’ils étaient à égalité. En réalité, une large majorité de la population soutient le droit à l’avortement, mais le fait de présenter les deux positions comme équivalentes donne l’impression d’un vrai doute, alors que ce n’est pas le cas. Ce faux équilibre embrouille et ralentit les progrès.
Même dans ce que tu consommes, tu crois choisir, mais les pubs, les placements de produits, les influenceur·ses sont là pour orienter tes envies. Repérer ces mécaniques, c’est un pas essentiel pour garder un esprit critique et ne pas se faire balader par des intérêts économiques ou politiques.
“Tout est foutu, alors pourquoi faire ?”
C’est la question que beaucoup se posent. Nicolas dit souvent qu’arrêter d’agir, c’est accepter que ce soit encore pire. C’est comme une guerre de tranchées : même si tu n’avances pas, tu peux encore reculer.
Alors oui, ce sera dur. Et non, on ne va pas toutes et tous vivre dans un monde parfait, mais chaque petit geste compte. Limiter la casse, rendre les choses “moins pires”, c’est déjà énorme. Un peu comme quand tu te blesses : tu ne peux pas toujours éviter la douleur, mais tu peux faire en sorte qu’elle dure moins longtemps.
On est ensemble : alors, comment commencer ?
S’engager, ce n’est pas un délire individuel. C’est du collectif. Chacun·e apporte ce qu’il ou elle peut, à son rythme, avec ses moyens.
Si tu galères, c’est normal. Personne n’a dit que c’était simple. Mais ensemble, on tient mieux. Tu as envie d’essayer ? Voici quelques idées pour commencer :
- Rejoins une association locale qui t’intéresse — même juste pour voir comment ça se passe.
- Cherche des événements comme des “clean walks”, ateliers, ou actions solidaires dans ta ville.
- Suis des comptes Insta ou TikTok engagés et sérieux, par exemple : @youthforclimate, @beglobal.be, @servicecitoyen, @youth_forum, @forum.jeunes, @amnestygroupesjeunes, @weare11overs, – et bien d’autres – et partage leurs idées sur les réseaux sociaux
- Essaie de parler de tout ça avec tes potes, ta famille, ton ou ta prof préféré·e — ça crée du débat et des idées.

En résumé
S’engager, ce n’est pas devenir un·e super-héros·ïne. C’est commencer petit, avec ce que tu as. Et surtout, c’est comprendre que c’est un combat collectif. On ne va pas tout changer. Mais on peut faire en sorte que ce soit un peu moins pire.
Alors, on commence quand ?
Pour aller plus loin
Tu veux creuser et comprendre comment on peut transmettre tout ça dès l’école ? Va jeter un œil à notre autre article avec Nicolas : « Former des citoyen·nes, pas juste des élèves »







