Retour sur la Journée d’Inspiration 2025
Retour sur la Journée d’Inspiration 2025 L’école au carrefour des inégalités et de la transition socio-écologique : des leviers d’action
📅 Vendredi 11 avril 2025 |📍 Namur |👥 80 enseignant·es et pédagogues rassemblé·es
La désormais traditionnelle journée d’inspiration a une fois de plus tenu ses promesses. Elle a réuni à Namur quelque 80 enseignant·es et acteur·rices de l’éducation, autour d’une question centrale : comment comprendre et transformer les rapports de domination qui structurent notre société, influencent l’école et les apprentissages ?
La journée s’est articulée en deux temps : une conférence introductive, puis une série d’ateliers thématiques mêlant analyses critiques, outils pédagogiques et partages d’expériences de terrain.
🎙 Une ouverture stimulante avec Françoise Vergès
La politologue et militante féministe décoloniale Françoise Vergès a donné le ton en interrogeant la manière dont on enseigne, plus encore que les contenus eux-mêmes.
- L’histoire coloniale figure dans les programmes, mais comment est-elle enseignée ?
- Comment éviter que les élèves ne portent seul·es le poids du passé ?
- Comment accompagner les jeunes à l’intersection de plusieurs dominations pour qu’ils et elles puissent faire face aux enjeux d’aujourd’hui et de demain ?
(L’enregistrement de la conférence vous sera bientôt dévoilé…)
🎯 Des ateliers pour creuser, questionner et agir
Quatre ateliers thématiques ont permis aux participant·es de s’approprier des outils, d’interroger leurs pratiques et de nourrir leur réflexion critique à partir de cas concrets.
🟣 Stop sexisme
Animé par Noémie Kayaert – Le Monde selon les femmes
L’atelier a exploré les différentes réalités genrées, tant personnelles que professionnelles, vécues par les 22 participant·es.
À partir d’une simple question — à quoi ressemble la cour de récré de votre école ? — les échanges ont permis de visibiliser les rapports de pouvoir genrés.
- Qui occupe le centre de la cour ?
- Qui reste à la périphérie ?
Ces observations donnent lieu à une remise en question de la posture « gender blind » :
« Nous ne sommes pas sexistes, nous traitons tout le monde de la même manière » — un raisonnement qui renforce en réalité les inégalités.
L’atelier a ainsi mis en évidence le rôle clé de l’école dans la construction et la déconstruction des stéréotypes de genre.
🟢 Inégalités environnementales
Animé par Marlène Feyereisen – Écotopie, Barbara Denil et Pauline Kevers (enseignantes)
L’atelier a invité les participant·es à réfléchir à leur propre rapport à l’environnement et à ce qui a façonné ce lien.
Deux outils pédagogiques bien connus — la fresque du climat et l’école du dehors — ont été analysés de manière critique, en mettant en lumière leurs atouts mais aussi les risques de dépolitisation de la crise écologique.
Marlène Feyereisen a apporté des éclairages issus de la recherche-action, en particulier autour de la typologie des postures enseignantes de Thomas Kelly (1986). Elle a souligné l’importance de passer d’une simple immersion dans la nature à une écocitoyenneté critique, en assumant l’impossible neutralité du rôle enseignant.
En seconde partie, Pauline Kevers (école NESPA, Genappe) et Barbara Denil (Collège Notre-Dame, Erpent) ont présenté leurs expériences d’Eco-teams d’élèves : projets portés par les jeunes, obstacles rencontrés, leviers mobilisés… De belles pistes pour faire bouger les lignes dans les écoles.
🔴 Inégalités sociales
Animé par Nico Hirtt – APED (Appel pour une école démocratique) et Sélim Rahal (Arche et Segec)
L’atelier a débuté par une analyse approfondie des résultats PISA des 20 dernières années, révélant une réalité préoccupante :
L’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles reste l’un des plus inégalitaires parmi les pays de l’OCDE, malgré une relative égalité sociale en Belgique. Selon Nico Hirtt, un levier fondamental est la réduction du nombre d’élèves dans les classes en début de scolarité, un facteur dont les effets positifs se prolongent jusqu’à la fin du parcours scolaire.
Ensuite, Sélim Rahal (dispositif ARCHE) a partagé son expérience de terrain comme éducateur auprès de publics socialement défavorisés. Il a insisté sur l’importance de la posture de l’adulte :
« Être à la fois exigeant·e et empathique, c’est permettre à chacun·e de se sentir légitime, même dans des parcours fragiles. La dureté des chiffres ne doit pas freiner l’action mais bien la nourrir. »
🧰 Ressources :
- Pour contacter l’équipe ARCHE : admin@meta-for.be
- PowerPoint de la présentation de Nico Hirtt : PP Inégalités scolaires_Nico Hirtt
⚫ Domination raciale
Animé par Léa Gros (CNCD-11.11.11), Sanchou Kiansumba – Collectif Mémoire Coloniale et Nathanaël Brugmans (enseignant)
L’atelier a démarré avec un photolangage pour faire émerger les vécus, représentations et émotions des participant·es autour du racisme.
Sanchou Kiansumba a ensuite proposé des repères historiques et théoriques pour comprendre les dynamiques de domination raciale. Il a particulièrement insisté sur la nécessité d’enseigner l’histoire de l’Afrique au-delà du prisme colonial, afin de déconstruire les préjugés persistants et rendre leur dignité aux récits invisibilisés. Le racisme n’a pas disparu : il s’est simplement transformé, devenant parfois plus insidieux, mais toujours bien réel.
Le CNCD-11.11.11 a présenté une version condensée de son outil pédagogique “Décolonisation : cartes sur table !”, qui propose une approche participative de l’histoire coloniale belge.
Enfin, Nathanael Brugmans (Athénée Léonie de Waha, Liège) a partagé une initiative inspirante : une balade décoloniale co-construite avec ses élèves pour interroger les traces du passé colonial dans l’espace public.
📚 Plusieurs ressources ont également été évoquées :
- la BD Révolte Tshamakélé
- le Lexique des termes décoloniaux
- Le Monde en Classe, une ressource pédagogique complète
💡 Une journée pour apprendre, se questionner… et agir
Cette journée d’inspiration a permis de croiser les regards, décortiquer les mécanismes d’exclusion et réfléchir aux leviers à activer dans les pratiques éducatives.
Elle a surtout rappelé ceci :
L’école peut être un puissant espace de transformation, à condition d’oser le regard critique et l’engagement.
🙏 Merci à toutes et tous
Nous tenons à remercier chaleureusement l’ensemble des intervenant·es, participant·es, partenaires et équipes organisatrices qui ont contribué à faire de cette journée un moment d’apprentissage collectif, de remise en question et d’inspiration.
Votre engagement, vos partages d’expériences et votre volonté de faire bouger les lignes témoignent de la richesse et de la force du réseau éducatif.
✨ Ensemble, continuons à faire de l’école un levier de transformation sociale, écologique et solidaire.



























