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Rencontre entre pédagogie critique et éducation à la citoyenneté mondiale – partie 2
Le projet : de la formation au cercle de pratiques
Une formation courte (3 jours)
La première étape du projet a été une formation intitulée : “Neutralité ou propagande : réfléchir à sa posture d’enseignant·e. Faire naître la citoyenneté mondiale chez les élèves”
Objectifs :
- Développer un regard réflexif sur ses pratiques pédagogiques en éducation à la citoyenneté mondiale (ECM).
- Être capable de se positionner dans les différents courants de l’ECM.
- Expérimenter un travail coopératif et critique.
- Développer une vision critique des notions de neutralité, propagande et émancipation en éducation.

Le cercle de pratiques sur une année scolaire
À la suite de cette formation, un cercle de pratiques a été lancé pour une durée d’une année scolaire. Ce projet s’est réalisé en partenariat avec ITECO.
Objectifs :
- Favoriser chez les participant·es :
- L’esprit critique.
- Le courage moral : faire entendre une voix dissidente.
- L’agir éthique : développer de la cohérence entre pensées, discours et pratiques.
- Aller au-delà des modules de sensibilisation pour travailler sur les postures pédagogiques et leur impact dans la classe.
Défi : Transformer les concepts en postures éducatives concrètes capables de faire émerger une citoyenneté mondiale chez les élèves, dans un cadre scolaire souvent normatif et contraignant.
Le cercle de pratiques en pédagogie critique se veut un espace d’encouragement, inspiré des brave spaces de bell hooks, pour deux raisons principales :
Un espace de dialogue et de partage
Au sein du cercle, nous nommons “participant·es et apprenant·es” toutes les personnes présentes, formateur·trices inclus·es. En effet, comme dans les cercles de culture, les formateur·trices discutent, analysent et critiquent leurs pratiques au même titre que les participant·es.
Le cercle de pratiques en pédagogie critique se veut un espace d’encouragement, inspiré des brave spaces de bell hooks, pour deux raisons principales :
1. La reproduction des rapports de domination
Les organisations, comme l’École, reproduisent souvent des rapports de domination (classistes, racistes, patriarcaux…). L’une des conséquences est de donner à l’enseignant·e le sentiment de ne pas être en cohérence avec ses valeurs. Comment, dans ce contexte, mettre en place une éducation transformatrice capable de construire une société plus juste et durable ?
2. Rompre l’isolement pour faire entendre une voix différente
L’isolement dans son organisation ou son école peut être un frein à l’expression d’une voix critique, qui questionne le système dominant et propose de nouveaux paradigmes.
Le cercle offre une alternative en brisant la culture du silence et en développant le courage moral, c’est-à-dire, apprendre à prendre la parole pour exprimer une voix propre.
Compte rendu : Première séance « Brave Space » (IRESMO)
Réflexions issues du cercle
« Tous, nous semblons nous poser cette même question à propos de nos pratiques pédagogiques : Comment articuler nos devoirs et obligations, les besoins des jeunes, les attentes des familles, nos rêves et nos engagements, tout en restant fidèles à nous-mêmes ? Il est donc essentiel pour nous de mieux comprendre notre mode de fonctionnement, d’analyser nos manières de faire, avec peut-être l’espoir (à peine dissimulé) qu’un regard extérieur nous aidera à prendre du recul sur ce métier dans lequel nous nous sommes engagé·es, surtout quand nous sommes trop impliqué·es pour faire taire nos inquiétudes personnelles. » 2021, Antipodes numéro 23
« Le cercle permet de sortir de l’isolement et de se retrouver autour de réflexions et valeurs communes. C’est un temps et un espace pour contribuer à notre émancipation. »
Une bande dessinée sur le cercle de pratiques (2021-2022)

Durant la première année du cercle, les membres ont été accompagné·es par Pauline Spira, autrice et illustratrice, qui a capté l’essence des échanges à travers une bande dessinée.
Cette BD raconte les réflexions, les questionnements et les pistes explorées par le cercle. Elle se structure autour de thématiques clés abordées chaque mois :
- Décembre : Quelles pratiques adopter en pédagogie critique ?
- Janvier : Quelles caractéristiques pour une école émancipatrice ?
- Février : Les valeurs universelles sont-elles réellement universelles ?
- Mars : Quand et pourquoi se révolte-t-on ?
- Avril : Comment passer de l’individuel au collectif ?
- Mai : Comment sortir du constat négatif et ne pas reproduire les violences du système ? Quels leviers d’action pouvons-nous (ré)inventer ?
- Juin : Qu’est-ce que la sagesse dans une posture éducative critique ?
Pour la commander en version papier : beglobal@enabel.be
Revue pédagogique dans Antipodes

Le cercle de pratiques a également fait l’objet d’une publication dans le numéro 23 de la revue Antipodes, éditée par ITECO.
Cette publication intitulée “Renversez-vous les idées !” propose une systématisation d’expériences à travers les témoignages et points de vue de trois participantes du cercle.
Elle met en lumière :
- Les apprentissages réalisés au fil des rencontres.
- Les transformations personnelles et professionnelles des membres.
- Une réflexion sur les contradictions entre les valeurs éducatives émancipatrices et les contraintes institutionnelles.
Systématisation de l'expérience
À la fin de l’année scolaire 2022-2023, il est apparu nécessaire de systématiser l’expérience du cercle de pratiques pour en tirer des enseignements durables, organiser les apprentissages et partager les résultats avec un public plus large.
Ce travail s’est appuyé sur une méthode participative, impliquant activement les membres du cercle à travers leurs connaissances, souvenirs et notes, afin de reconstruire collectivement le chemin parcouru.

Objectifs :
- Comprendre le processus vécu
- Retracer les étapes clés du cercle de pratiques.
- Identifier les facteurs déterminants ayant influencé le déroulement et les dynamiques du groupe : que s’est-il passé et pourquoi ça s’est passé comme ça ?
- Produire de nouveaux apprentissages
- Structurer les expériences vécues pour en dégager des connaissances critiques.
- Partager et valoriser les résultats
- Documenter les apprentissages dans un format accessible et utile pour d’autres éducateur·trices, chercheurs·ses ou organisations.
- Permettre une appropriation collective des réflexions pour enrichir les débats sur l’éducation critique.
“La systématisation d’expériences est un processus de réflexion qui cherche à organiser et ordonner une pratique ou un cheminement, ainsi que leurs résultats. Ce processus vise à comprendre les dimensions qui expliquent pourquoi et comment les choses se sont déroulées.” Sergio Martinic, 1984
Elle ne consiste pas en une simple évaluation ou un récit chronologique, mais en une interprétation critique :
- Elle met en lumière les contradictions ou tensions entre les intentions initiales et les réalités du terrain.
- Elle identifie des pistes pour améliorer ou adapter les approches futures.
“La systématisation met en évidence la logique des processus vécus : les facteurs intervenus, la manière dont ils se sont articulés et pourquoi ils se sont déroulés ainsi.” Oscar Jara, 1994
Résultats de la systémisation
Le cercle de pratiques a abouti à la formulation de balises pédagogiques pour décrire l’expérience et en tirer des leçons :
1. Les espace-temps d’analyse collective
- Les rencontres du cercle se sont confirmées comme des moments dédiés au partage et à l’analyse des pratiques.
- À partir de situations concrètes, dans un contexte spécifique, les membres ont cherché à :
- Débusquer les racines des problématiques rencontrées.
- Proposer des pistes d’action transformante cohérente à leurs valeurs et non des solutions toutes faites ou des recettes réplicables.
- Ces réflexions ont permis une transformation des pratiques éducatives et une évolution personnelle des participant·es.
“Depuis 6 mois j’ose plus parler à la direction pour me battre pour changer la façon d’enseigner. La direction est loin du groupe et impose comment il faut faire dans un système.”
“A la suite à la venue de Ben Kamuntu au cercle, il est venu dans mon école et je me suis dit qu’on pouvait remettre du collectif dans l’école. L’année prochaine on va faire un projet d’école sur le fascisme”.
“Le prof n’est pas le seul détenteur du savoir, le questionnement et l’analyse doivent être collective (…) La connaissance de soi est donc primordiale. L’enseignant ne doit pas renforcer le sens commun (ex : tu dois aller à l’école pour avoir un job après).”
2. L’émancipation comme fil conducteur
- Le cercle a mis en évidence l’importance de commencer par s’émanciper soi-même avant de prétendre à l’émancipation des élèves.
- Ce processus de libération est continu, s’inscrivant dans une démarche critique des systèmes (éducatifs, sociaux, culturels, politiques).
3. La non-neutralité de l’éducation
- L’éducation émancipatrice entre en contradiction avec les exigences de neutralité active imposées par les programmes scolaires.
- Le rôle de l’enseignant·e est repensé :
“Témoigner du droit de comparer, de choisir, de rompre, de décider et de stimuler l’assomption de ce droit pour les apprenant·es.” Paulo Freire, 2006
4. La pédagogie critique comme démarche collective
- Les savoirs construits au sein du cercle sont issus d’allers-retours constants entre :
- Expériences vécues des membres.
- Réflexions théoriques et apports conceptuels.
5. Une praxis éducative renouvelée
« L’action sans réflexion est aveugle, la réflexion sans action est impuissante » John Dewey, 1916
La praxis désigne l’apprentissage par l’action, la réflexion et le changement. Il s’agit d’un processus collectif par le dialogue, processus qui mène à la compréhension de la réalité sociale qui entoure le groupe et surtout à l’action. Agir ensemble sur son environnement pour le questionner de manière critique et le transformer.
- La confrontation entre valeurs déclarées et actions concrètes a permis de renforcer la cohérence pédagogique.
- Ce travail dialogique a ouvert des pistes pour des actions éducatives plus alignées avec les principes de la pédagogie critique.
Le fond et la forme s'entre-mêlent
Les rencontres du Cercle nous permettent de cultiver la joie et le bonheur d’apprendre ensemble, de se rencontrer, de se renforcer pour surmonter les défis et les exigences du contexte spécifique où nous travaillons et du contexte global qui produit du découragement, du désespoir…

- La culture du jardinier ou de la jardinière :
En prêtant attention au milieu, le cercle créé des conditions propices à l’épanouissement collectif, plutôt que d’imposer des modèles prédéfinis. - La critique des outils éducatifs :
Inspirés par Ivan Illich, les membres ont réfléchi à l’utilisation des outils pédagogiques pour éviter qu’ils ne deviennent des fins en soi mais restent au service des enjeux pédagogiques : nous sommes les meilleurs outils car nous travaillons par et pour nous-même (l’écoute, l’observation, le langage, …). - Le dialogue problématisateur :
Le dialogue n’est pas du bla bla bla ni une conversation anodine. C’est un exercice d’écoute, de respect mutuel, de partage des savoirs pour l’ensemble du groupe, de pratique d’analyse critique, de référence aux situations réelles.
Finalités globales de la systématisation et du cercle
La systématisation a permis de se positionner en « impert·es », et non en « expert·es ». Les savoirs sont produits par et pour le collectif du cercle, ils ne renforcent pas le pouvoir dominant.
Le partage de cette expérience a pour objectif d’inspirer, de questionner tou·tes pédagogues, organisations, enseignant·es … Ceci n’est pas un modèle reproductible. Le « Cercle de pratiques en pédagogie critique » se veut être un univers à contre-courant du sens commun.
- Il valorise une approche horizontale et participative de l’éducation.
- Il offre des pistes pour intégrer la pédagogie critique dans des contextes variés.









